Chambre d'Agriculture

de l'Allier

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Quelle complémentation pour les broutards ?


Dans un contexte incertain, avec un prix des aliments qui flambe et des cours difficiles à prévoir, beaucoup d’éleveurs se posent des questions sur l’intérêt de la complémentation des broutards.


L’alimentation de base des broutards est constituée du lait de leur mère et d’herbe auxquels une complémentation en concentrés s’ajoute éventuellement. Celle-ci n’intervient que si les performances permises par le lait et l’herbe sont insuffisantes.
La production laitière des vaches est déterminée par le potentiel génétique, par des facteurs sanitaires et par l’alimentation. En ce moment, le seul point pouvant être adapté concerne l’alimentation des vaches : plus elles auront à disposition de l’herbe de qualité en quantité suffisante, moins il faudra apporter de concentrés aux veaux. La maîtrise du système fourrager et la gestion du pâturage prennent, ici, toute leur importance.
De plus, à 4 mois, un veau est capable d’ingérer 1 kg de Matière Sèche d’herbe par jour. Cette consommation augmente de 1 kg par mois pour atteindre 5 kg de MS au sevrage. Si un broutard dispose, lui aussi, d’une herbe de qualité en quantité suffisante, une grande partie de ses besoins est déjà satisfaite.
La décision de complémenter dépend, ensuite, de la date de vente souhaitée et de l’objectif de poids à atteindre à cette date. Le niveau de croissance à atteindre déterminera s’il est indispensable de complémenter et à quel niveau.
Enfin, dans certains cas, la complémentation des broutards a pour objectif d’avancer leur date de vente, ce qui permet, d’une part, d’espérer vendre à une période où peu d’animaux sont encore sur le marché, et d’autre part, de décharger les prairies sur une période où la pousse d’herbe est plus limitée.
Complémenter, mais pas gaspiller !
L’efficacité alimentaire d’une complémentation varie énormément : 1 kg de croissance supplémentaire peut demander l’apport de 5 à 10 kg d’aliments. Cette efficacité varie, évidemment, selon le type d’aliment, le mode de distribution, la qualité de l’herbe à disposition des broutards, leur état sanitaire (déparasitage…), et selon les quantités distribuées : plus les quantités augmentent, moins l’efficacité est bonne.
Il ne faut pas perdre de vue que les veaux passent de l’état de monogastriques (alimentation lactée uniquement) à celui de ruminants, capables de valoriser des aliments grossiers. La mise en place d’une complémentation précoce, à l’étable, en quantité trop importante, sans apport d’éléments grossiers (foin de bonne qualité), ne permettra pas la mise en route de la rumination de manière satisfaisante. Il en résultera une moins bonne valorisation de l’herbe par la suite, et par conséquence, une forte consommation de concentrés.
Par ailleurs, il est, dans tous les cas, nécessaire d’anticiper sur les besoins des animaux, en mettant à disposition le concentré, de manière progressive, en rationnant les quantités à 1 ou 2 kg maximum, au départ, pour atteindre la quantité souhaitée en 2 à 3 semaines.
Quel aliment distribuer ?
La valeur énergétique du concentré doit être la plus élevée possible (proche d’1 UF) et la valeur azotée doit se situer aux alentours de 16 à 18 % de MAT. L’importance de la complémentation azotée devrait être adaptée, notamment à la qualité de l’herbe ingérée, mais une sur-complémentation ne présente pas d’intérêt technique sur les performances des broutards… et se révèle, de plus, cette année très coûteuse…
Un aliment du commerce « jeunes bovins » à 16 % de MAT, ou un mélange de matières premières, tels que ceux qui vous sont présentés sur notre graphique, semblent les plus adaptés. L’opportunité de réaliser son mélange doit être raisonnée en fonction des quantités nécessaires pour amortir le matériel et rémunérer le temps passé. Il est aussi à noter que des moutures trop fines (farine) peuvent entraîner une baisse de l’efficacité alimentaire par rapport à une présentation en granulés ou aplatie et être source de problèmes digestifs (acidose…).
Il est aussi possible de réaliser un aliment plus complet, pour les élevages équipés de mélangeuses, en mélangeant de la paille ou du foin finement défibré (3 à 5 cm) avec les concentrés.
Quel dispositif de distribution ?
L’aliment doit être facilement accessible aux veaux sans l’être pour les vaches. Un dispositif de tri sélectif est donc indispensable.
Dans la pratique, il est souvent peu envisageable d’apporter chaque jour le concentré, et la mise en place du nourrisseur est la solution la plus appropriée. Il doit être situé à proximité des aires de repos des vaches, ce qui facilitera l’accès aux veaux. Ces zones sont habituellement des endroits ombragés et secs. Il n’est pas conseillé de rapprocher le nourrisseur du point d’abreuvement car le troupeau n’y séjourne pas assez longtemps pour que tous les veaux puissent consommer.
Cette distribution « à volonté » doit être suivie de près, pour éviter les gaspillages, et elle peut être source de surconsommation (on peut atteindre plus de 15 kg de concentrés par jour pour des broutards de 350 kg).
Quelles quantités distribuer ?
La distribution d’une quantité très limitée (moins de 50 kg de concentrés par broutard) n’a que peu d’effet, à l’inverse, une surconsommation (au-delà de 300 à 350 kg par broutard) n’a que peu d’intérêt économique.
Les quantités distribuées seront à adapter aux objectifs de poids et de date de vente, mais il est admis, qu’au-delà de 5 à 6 kg de compléments par jour, il faut se poser la question du sevrage des broutards et du passage à un régime alourdissement.
Ne pas oublier que les broutards sont des ruminants et que la base de leur alimentation doit rester le fourrage et le lait pour que la rentabilité économique soit au rendez-vous.
En résumé
La complémentation des broutards doit se raisonner, globalement, d’un point de vue économique et commercial. C’est l’objectif de poids de vente, à une date donnée, qui doit déterminer si la complémentation est nécessaire, et quelle quantité doit être distribuée pour permettre d’atteindre le niveau de croissance souhaité s’il ne peut pas être permis par la consommation d’herbe ou le lait de la mère.
Pour rester rentable, dans le contexte actuel de prix des broutards et d’augmentation du prix des aliments, la valorisation maximale des aliments, par les animaux, doit être recherchée et aucun gaspillage ne doit être toléré.
Cette technique est encore rentable, si elle est bien maîtrisée, mais elle doit être associée à une gestion pertinente du pâturage, pour favoriser la production laitière des vaches et la consommation d’herbe de bonne qualité par les broutards.
 
Service Technique Elevage – Chambre d’Agriculture de l’Allier
Source : Réseau d’élevage Charolais
 

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