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Du Parc National à Natura 2000, se battre pour maintenir l’agriculture
Interview de Jean-Marie Lesage
Rencontre avec Jean-Marie Lesage Président de la Chambre d’Agriculture, sur toutes les questions environnementales
On entend parler d’un parc national des zones humides avec trois potentiels retenus dont le Val d’Allier. Qu’en pense la Chambre d’Agriculture
Des mesures environnementales sont mises en place dans le Val d’Allier depuis 1994, date à laquelle les zones vulnérables ont été définies. Ces zones ont évolué au cours du temps et compliquent de plus en plus les pratiques agricoles, comme en témoigne la récente mise en place de la quatrième directive nitrate, qui impose l’utilisation de CIPAN (Cultures Intermédiaires Pièges à Nitrates) pour l’ensemble des zones vulnérables.
Le Val d’Allier est également concerné par une réserve naturelle synonyme de contraintes supplémentaires pour les exploitants agricoles et qui a de surcroît apporter nombre d’inconvénients à l’agriculture (nuisibles, adventices, gibiers, friches…).
Comme tout cela n’était pas suffisant aux yeux des associations écologistes, notre département s’est vu octroyer, la mise en place de 23 sites Natura 2000, qui ont apporté avec eux, leur lot de cahier des charges et de contraintes pour l’agriculture.
Tout récemment, l’administration vient de couronner le tout en ajoutant un arrêté biotope à la liste déjà longue des mesures environnementales du Val d’Allier. Une couche supplémentaire, le tout risquant au final de remettre en cause la pérennité de l’agriculture.
Dans le Val d’Allier ce sont les pratiques développées par les exploitants (fertilisation, irrigation, choix des cultures, rotation…) qui ont permis à l’agriculture d’obtenir un potentiel de productivité élevé contribuant jusque là, à la préservation de la qualité de l’eau et de l’environnement.
Un Parc National détruirait tout le travail fait, et l’agriculture du Val d’Allier disparaîtrait purement et simplement emportant avec elle bon nombre d’agriculteurs. Pour nous c’est inacceptable !
Les progrès réalisés ces dernières années par les agriculteurs pour modifier leurs pratiques, le plus souvent au détriment de leur revenu, ont été considérables. La Chambre d’Agriculture s’oppose fermement à ce que l’on alourdisse encore la charge environnementale qui gangrène l’agriculture.
Dans la conjoncture actuelle, ne pensez-vous pas que ces enjeux écologiques vont trop souvent à l’encontre de la compétitivité et de l’efficience économique ?
En ce début de 21e siècle, nous arrivons à une période clé dans l’histoire de l’humanité. La production agricole mondiale a considérablement augmenté et pourtant, une personne sur trois souffre encore de malnutrition dans le monde, et près de 195 millions d’enfants ne mangent pas à leur faim. On estime, que pour maintenir ce niveau d’alimentation actuel déjà insuffisant, compte tenu de la croissance de la population mondiale qui atteindra 9 milliards d’habitants en 2050, il faudra augmenter la production de nourriture de 70% d’ici 2040.
Remettre en cause la productivité de notre agriculture, au-delà des aspects de compétitivité et d’efficience économique, c’est risquer l’avenir de l’humanité.
Toujours sur de la rivière Allier, qu’en est-il de l’enrochement d’une partie des berges nécessaire pour la construction du futur contournement de Varennes ?
La construction du contournement de Varennes-sur-Allier va nécessiter l’enrochement d’une partie des berges de la rivière située à proximité de la nouvelle voie, afin de garantir la pérennité de l’ouvrage. Cet enrochement va entraîner une perte de 9 ha de divagation de l’Allier qui se caractérise par sa nature très « mobile ». La « Loi sur l’eau », impose des mesures compensatoires qui pourraient être un désenrochement des berges à d’autres endroits, afin de rendre à la rivière une zone de divagation équivalente à celle perdue.
Les activités humaines jouxtant la rivière seraient remises en cause par ce désenrochement. La Chambre d’Agriculture s’est alors fermement opposée à tout prélèvement supplémentaire de foncier agricole. L’agriculture a déjà cédé plus de 20 ha de terres arables pour la construction de la future voie routière.
L’administration a récemment déclaré à notre grande satisfaction, que les sites retenus pour un éventuel désenrochement « ne devront pas impacter ni les infrastructures, ni les captages, ni les exploitations agricoles, ni les habitations ».
Il semblerait à l’heure actuelle qu’un site pourrait répondre à ces conditions, mais une étude supplémentaire plus approfondie reste nécessaire.
La Chambre d’Agriculture a pris la décision de ne plus siéger au sein des comités de suivi et de pilotage des sites Natura 2000, pourquoi ?
Face à la position excessive des associations de l’environnement et de leurs revendications, nous avons effectivement décidé de ne plus siéger au sein des comités de pilotage. Nous ne sommes cependant pas les seuls à constater cet état de fait puisque suite à notre retrait, le Syndicat Départementale de la Propriété Privée Rurale, la Fédération des chasseurs, le Syndicat des Propriétaires Forestiers, la Chambre du Commerce de Moulins Vichy, la Chambre du Commerce de Montluçon Gannat Portes d’Auvergne et la Chambre des Métiers se sont également retirés.
Natura 2000 repose sur la base du volontariat, les agriculteurs, contractualisant des MAET (Mesures Agro Environnementales Territorialisées) en contre partie d’un accompagnement financier. Quelle est la position de la Chambre d’Agriculture vis-à-vis de ces MAET ?
Pour nous, chaque exploitation doit conserver son potentiel de production. Ceci sera d’autant plus vital demain pour couvrir les besoins d’une population qui ne cesse de croître et pour assurer une situation économique viable.
Les mesures agro environnementales entraînent une diminution de la production, compensée pendant une courte durée (5 ans) par des soutiens financiers (MAET), mais qui demain pourraient devenir obligatoires sans accompagnements budgétaires. Nous craignons que cette démarche ne soit un laboratoire d’expérimentation visant à mesurer le comportement des agriculteurs.
Ces mesures impliquent un véritable retour en arrière avec des méthodes quasi ancestrales (entretien manuel des haies, retard dans la réalisation des foins…), qui remettent en question tous les progrès réalisés jusqu’à présent.
Il est primordial que les agriculteurs ne se laissent pas embobiner par toutes ces démarches environnementales qui portent atteinte à la viabilité de leur système à moyen terme.
Dans un même contexte de gestion du territoire, un SCOT est actuellement en cours de réalisation sur l’agglomération de Moulins. Quelles sont les attentes de la Chambre d’Agriculture vis-à-vis de ce SCOT ?
La Chambre d’Agriculture a récemment rencontré le commissaire enquêteur, et a envoyé un courrier au président de la Communauté d’Agglomération, afin de préciser les points de désaccord sur l’enquête réalisée. Ce diagnostic porte une image faussée de l’Agriculture du Val d’Allier, soutenant que « le développement de l’agriculture intensive, désorganise l’espace en détruisant le paysage bocager et contribue à la disparition d’un patrimoine vernaculaire identitaire » et qu’il était nécessaire de « maîtriser l’intensification agricole du Val d’Allier ». Nous avons démenti ce constat erroné et rappelé l’objectif initial du SCOT, qui est de préserver l’espace agricole et non de remettre en cause la manière dont il est utilisé.
Le monde agricole peut-il se soumettre à de nouvelles mesures environnementales tout en restant compétitif face à des pays qui ne tiennent pas du tout compte de la préservation de l’environnement ?
Le monde agricole s’est depuis bien longtemps efforcé d’appliquer les nombreuses mesures qui lui ont été imposées, améliorant perpétuellement ses pratiques, pour préserver la qualité de l’eau et de l’environnement : suivi des périmètres de captage, raisonnement de la fertilisation et de l’irrigation, développement d’équipement et de matériels d’analyse, pesée réelle des épandage et mis en place de plans d’épandage, zones non traitées (ZNT) et non fertilisées, contrôles des appareils d’épandage, certificats pour l’utilisation de produits phytosanitaires (certiphyto), traitements bas volumes (microdoses)…
La liste est longue et il ne faut pas en demander plus ! La survie de toute une profession en dépend et plus largement de toute une filière, car l’agriculture est aussi, rappelons le, génératrice d’emplois pour presque trois millions de personnes et souvent, le dernier rempart contre la désertification de certaines campagnes.